Coronachronique N°24 16/4/2020

📅 16 avril 2020

Coronachronique N°24 (16/4/2020)

 

Chronique du Noir. Dessin et texte Antoinette RABAZZANI

 

                L'encre de Chine glisse sur le papier. Parfois, elle l'effleure à peine, tombe dans l'eau et tourbillonne. Les volutes s'éclaircissent peu à peu comme de la fumée. Je peins.

                J'aime aussi faire craquer ma plume fine sur le support granuleux. De minuscules éclaboussures éclatent et s'écrasent autour de mon trait. Comme un soulagement, le porte-plume se vide, se libère. 

                J'aime mes mains noires. Le choix du noir, mon attachement, est ancien et même culturel. Il m'émeut, me rappelle l'enfance. Une grand-mère vêtue de noir, de la tête aux pieds. Le feutre du grand-père en photo, dans la salle à manger, posant en costume sombre. Une conception familiale et surtout sociale.

                C'est vrai que le noir a pu  être une couleur sérieuse et  triste. Il était question d'absence et surtout d'enfer, de maléfique, de deuil.

                Oh oui, ce deuil a tant accompagné des hordes de femmes ayant perdu parents, époux ou enfants. 

                Aujourd'hui, je prends ce noir avec plaisir et générosité. Il ne s'agit bien sûr, ici, que de broyer le noir du fusain et de l'écraser légèrement sur la papier. Et l'oiseau est là qui s'envole. 

                Le noir peut donc être aussi source de joie et d'harmonie. 

 

Dessin Louise oiseau compressé