10 janvier 2023

Fernando Grignola "A mon père"

Maintenant que la brume

envahit le village

père, ne scrute pas

ce qui distingue nos chemins.

Car bien que tortueuse et à l’écart,

la route que des ruisseaux égaux

de sueur ont arrosée,

il nous faudra la franchir les mains jointes.

 

         … Un jour d’En Haut tous les cris s’éteindront

et dans une chute solitaire

le moment, père, sera venu

de nous dire adieu. Mais trop longtemps

nous avons appris à nous aimer

pour que cela puisse sonner la rupture.

De nous, qu’un seul regard

suffit à fondre en un unique Moi,

le survivant aura en l’Autre

un compagnon d’éternité

et chaque souffle parlera de Lui.

 

Cet air qui nous effleure

maintenant transmué en douce caresse

courant sur le visage de celui qui reste

apportera mystérieuse présence

en une prière dont nous seuls

depuis longtemps conservons en secret la clé.

 

Discorso al padre

 

Ora che nebbia

guadagna il villaggio

non scrutare i nostri

diversi cammini, padre.

Ché pur tortuosa e discosta

la carreggiata da rivoli uguali

di sudore irrorata,

a mani giunte la dobbiamo varcare.

 

… Un giorno dall’Alto si spegnerà ogni grido

e in solitaria caduta

accadrà, padre, di dirci addio.

Ma troppo a lungo

abbiamo appreso ad amarci

perché ciò possa suonare frattura.

Di noi, che uno sguardo

basta a fonderci in un unico Io,

 il superstite avrà l’Altro

in eterno compagno

e di Lui parlerà ogni respiro.

 

Quest’aria che ora ci sfiora

tramutata in carezza soave

scorrendo sul viso di chi resta

porterà misteriosa presenza

in preghiera che da tempo noi soli

custodiamo in segreto la chiave.

 

un homme traverse le fleuve dans la brume